aimer et se laisser aimer ... .

 

y aurait-il un style cistercien, marqué par le dépouillement

et la concision,qui s’exprimerait non seulement dans l’architecture

 

tout le monde connaît la beauté dépouillée du thoronet ou de senanque

 

mais marquerait de son empreinte toutes les facettes de l’existence

et serait à l'oeuvre aussi bien dans l’entretien des relations d’amitié

ou la rédaction d’une lettre que dans la construction des bâtiments ?

 

la brève lettre, donnée ici en son entier,donnera peut-être quelque réponse

 

elle permet de rencontrer bernard dans la richesse

de son affectivité, mais une affectivité toujours mesurée par l'intelligence

 

il s’agit d’une lettre d’amitié, adressée à un ami

 

une première partie donne quelques considérations générales, valables pour tous

 

l ’amitié est référée à l’amour, à l’unique loi de l’amour ... .

bernard estime l’amitié

liée à la croissance de l’amour en nous,

elle est donc à nourrir, à entretenir, mais dans une certaine sobriété de moyens :

une chasteté dans l’amitié

 

cette lettre rencontre ainsi la question actuelle

de l’usage des moyens de communications au service de l’amitié

 

ou encore de la clôture et de l’amitié

 

une anecdote peut donner a réfléchir

 

un jour, lors d’une session consacrée a la lecture de textes de bernard,

une participante posait cette question :

- pour bernard,que reste-t-il de l’affectivité,une fois purifiée ?

sous le coup de la surprise, la  réponse a jailli :

- mais … . tout !

de fait, pour bernard,rien de l’affectivité n’est à mépriser,

négliger ou rejeter,tous les désirs sont bons

 

mais ( et c’est là le travail de l ’ascèse, une ascèse de toute la vie )

il s’agit pour chacun d’ordonner ses désirs, de les mettre en ordre

 

purifier l’affectivité, c’est, pour bernard, l’ordonner, donner priorité à certains désirs

et donc leur subordonner d’autres

 

c ’est ainsi que l’on devient peu a peu, en prenant le temps comme allié,

un homme unifié, simplifie, centré

( alors qu’au départ,on se trouve dispersé, tiraillé, tiré à hue et à dia

par ses multiples désirs )

s’il faut couper quelque chose, c’est pour trancher des liens

qui nous emprisonnent, nous engluent et nous empêchent

le juste détachement,la juste distance,

qui nous permettra de vivre

dans une liberté authentique une vraie communion ... .

 

 

la lettre de bernard, la lettre " 90 "

 

à ta lettre brève, cette brève réponse de ma part : je prends

volontiers prétexte de ta brièveté pour être bref à mon tour

 

et,à vrai dire, que sert-il à une amitié vraie et, comme tu dis très

justement, une amitié éternelle, de se répandre en bavardages

inconsistants et éphémères ?

 

même quand tu t’efforces de me montrer

et démontrer ton affection pour moi par une diversité

de citations, une multiplicité de mots et une variété d’allusions littéraires,

je sens bien, oui, que ce que tu exprimes reste inférieur

à ton amour

 

et de même tu ne te tromperas pas si tu penses la même

chose en ce qui me concerne

 

lorsque ta lettre est arrivée entre mes mains, elle t’a trouvé déjà

dans mon coeur, toi qui l’avais envoyée

 

de même, cette lettre que voici,

je ne l’écris pas sans ta présence, j’en ai la conviction,

et je pense bien que tu ne la liras pas sans ma présence

 

c’est un travail pour tous deux de nous écrire l’un à l’autre,

une fatigue pour nos courriers de porter les lettres de l’un à l’autre,

mais est-ce un poids pour nos coeurs que d’aimer ?

 

laissons donc ce qui ne peut se faire sans fatigue,

et cultivons ce qui donne d’autant

moins de fatigue qu’on s’y applique davantage.

oui, notre cerveau peut se reposer de composer,

nos lèvres de parler,

nos doigts d’écrire,

nos messagers de courir en tout lieu,

mais que nos coeurs

ne se lassent pas de s’occuper jour et nuit de la loi du seigneur

( ps1, 2 ), qui consiste à aimer

 

cette activité-là, plus on s’en dispense,

moins on trouve le repos ;

plus on s’y applique, plus nous éprouvons

le repos qu’elle nous procure

 

aimons et laissons-nous aimer

 

aimons, c’est notre intérêt ;

laissons-nous aimer, c’est l’intérêt de nos amis.

nous trouvons en effet notre repos en ceux que nous aimons ;

tandis que nous offrons en nous un lieu de repos

à ceux dont nous nous laissons aimer.

en outre, aimer en ... ., c’est posséder l’amour ;

mais s’efforcer d’être aimé à cause de ... ., c’est servir l’amour

 

mais que suis-je en train de faire !

j’ai promis d’être bref, et

déjà je me montre prolixe ! ... .

 

sur n'autre chemin de poèmes, de poètes en bohème,

marcher ensemble, en amitié, dans l'onde d'ogier et bernard ... .

vers un termitisme renaissant ... .

 

sentier de termites, parfum de paix ... .

 

le cahier de l'amitié, vaisseau en partance ... .

   vers n'autre île        de bonnes nouvelles     la bonne pèche ... .

avec les maillons poètes, poésie de n'autre boh'aime